Le vent dans les voiles (1948)

"...Le père Elias tomba soudain par un écoutillon. Son visage clair, hormis un oeil farouchement poché, luisait dans les volutes crasseuses :

-- Je viens confesser les âmes en peine ! tonna-t-il d'une voix de catacombe.

-- Passé l'écoutille, tout est pécadille ! cria Le Torch en esquivant de justesse un grand coup dont il sentit le vent.

-- Qui bien se repent mieux se bat ! annonça l'aumônier à plusieurs reprises.

   M. Le Torch voulut répondre, mais il dut encaisser dans le coin du visage un palan de quatre livres balancé comme une fronde. Titubant, il cracha une dent par-dessus la mêlée comme un projectile redoutable, rajusta sa perruque et fut aussitôt pris à partie par une sorte de lansquenet géant, espèce de colosse hanséatique, de Cacus tout fumant et rotant, si tassé par le plafond bas qu'il en parassait démesurément élargi. Tout joyeux d'une belle parade, le capitaine s'écria enfin :

-- O Elias, reconnais-tu tes ouailles dans cette odeur de souffre ?... (Une vieille convention tacite imposait entre Elias et Le Torch le tutoiement au cours des affaires chaudes.)

-- Satan ne hante guère les champs de bataille, dit le Père cherchant à réconforter les agonisants, et les péchés ne sentent jamais la poudre.

-- L'odeur du péché est toujours méconnaissable, dit le capitaine d'une voix un peu feutrée, car il avait la tête coincée sous l'aisselle du géant.

-- Ho, ho ! le vent du nord qui souffle à l'aube et dans un ciel pur charrie d'ineffables puanteurs aux nez trop subtils, mon petit Eugène ! Qui veut se confesser là-dedans ? Qui bien se repent mieux se bat !... Où sont les moribonds ? Je ne vois que lueurs d'acier dans le brouillard puant !"

(c) Droits réservés .

Parutions :

  • Edition originale, Gallimard, Paris, 1948
  • « The wind in the sails », Londres, 1954
  • « The honor of Gaston Le Torch », W.W. Norton, New York, 1955
  • Le Livre de Poche n°2426, Paris, 1968
  • Précédé de « La bête Mahousse », Editions Rombaldi, Paris, 1976
  • Collection « Voiles-Gallimard », Gallimard, Paris, 1977
  • Folio n°1454, Paris, 1983
  • Editions du Rocher, 2006

Paré à larguer !

"Avec Le vent dans les voiles (1948), son premier roman maritime, Jacques Perret embarque l'aventure et l'insolite, remonte le temps, imbrique le passé dans le présent, restaure l'honneur d'un patrimoine familial. Ca commence dans un bistro où un retraité de l'infanterie coloniale honore à lampées franches un vin blanc guilleret. Ca s'achève par un combat naval d'un pittoresque épique.

Jacques Perret (1901-1992) est déjà là tout entier, avac ce que seront ses thèmes récurrents, ses obsessions familières, ses fidélités ataviques, ses histoires panoramiques, et surtout avec toutes les ressources de son génie verbal et caracolant.

Une façon d'être gai et patriote d'une allégresse spontanée. Une fête des mots. Un imaginaire tenté par le fantastique. Une partie de plaisir de la noblesse littéraire." Pol Vandromme

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