02.07.2017
Louis
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Que l’ouverture officielle des vacances soit avancée au 2 juillet, soit ! cela peut donner aux parents l’espoir d’en finir avec cette première quinzaine de plus en plus stérile et vasouillarde au point de vue labeur. Les maîtres sont requis pour les examens, les pions préparent leurs concours personnels, les élèves débrayent et terminent le parcours dans les heures de permanence lesquelles ne sont pas toujours désagréables, mais généralement dénuées de valeur éducative. Et encore, j’admets que le climat particulier des heures de permanence puisse influencer favorablement la culture générale. J’ai connu des heures de permanence, merveilleusement stériles, qui pèsent plus lourd dans mon bagage que beaucoup d’heures de classe. Remarquons en effet qu’à l’opposé des parents, les élèves, eux, s’accom­modent généralement bien de cette quinzaine traînante et il faut même avouer que cette agonie caniculaire de l’année scolaire vaut la peine d’être vécue si j’en crois mon garçon. Néanmoins, si la période creuse n’était pas reportée sur la dernière quinzaine de juin comme tout le monde s’y attend, on pourrait estimer que la situation serait éclaircie. En revanche, la rentrée au milieu de septembre me paraît une brimade insensée. Il s’agit d’une appréciation tout à fait subjective qui reconnaît à Septembre des vertus extraordinaires. Il serait trop long d’expliquer pourquoi, en refusant à l’écolier la jouissance de cette dernière quinzaine, le législateur accomplit à mon avis un geste inconsidéré qui peut compromettre assez gravement la santé morale et intellectuelle des générations futures. Mais il est permis de s’étonner qu’en l’occurrence l’industrie hôtelière ait imposé sa loi à l’Éducation Nationale. Cela fait longtemps que je surveille de près le fléau touristique. À partir du moment où l’on instaurait un Ordre de Chevalerie Touristique, on pouvait mesurer avec précision le niveau de la décadence. Pour définir sa position devant l’armée européenne, la France attend les directives de la fédération des hôteliers. Notez en outre que le communiqué officiel annonçant le décalage des vacances prend soin de justifier sa décision par l’exemple de l’Angleterre et de l’Amérique. Ainsi nous n’aurons plus à rougir de nos vacances archaïques, et nos collégiens arriérés seront enfin dignes d’être intégrés dans les disciplines de l’occident civilisé. Guide supérieur de nos destinées, le commissariat au tourisme, d’accord avec les syndicats d’initiative, donnera prochainement son avis sur la réforme des programmes scolaires et ses instructions relatives à l’enseignement obligatoire du français basique, ou basic french, au nom des intérêts supérieurs et universels du tourisme. À bien regarder, un grand pas était déjà fait vers l’idéal digest et la sublimation quintessentielle de la langue par la réduction progressive des heures de français. En classe de 4e, trois heures y sont consacrées par semaine. L’année prochaine la compression sera probablement portée à une demi-heure, au bénéfice de l’anglais basique. Le galimatias européen prend tournure. C’est le moment de se taper le basique sur le trottoir en hommage au baragouin libérateur. Aspects de la France, Les vacances basiques, 6 février 1953, n°229
18.06.2017
Louis
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En mettant la main à la plume pour étudier l'évolution des complexes gaullistes dans le bonneteau électoral et le crabier parlementaire, je m'aperçois qu'aujourd'hui nous sommes le 18 juin. C'est la date anniversaire de l'événement historique connu sous le nom d'Appel du 18 juin. Par cet appel le général de Gaulle invitait les combattants à le suivre outre-mer et à continuer la lutte sous son autorité. Personnellement je n'ai ni honte ni mérite à n'avoir pas répondu à cet appel car, dans le coin où je me trouvais, le bruit couvrait la voix du général. Un bruit d'ailleurs qui nous occupait de telle sorte qu'un appel de ce genre pouvait difficilement nous concerner. Nous étions aux environs de Toul et le chef de bataillon qui nous avait menés jusque-là non sans peine depuis Longwy, avait résolu de faire demi-tour par principe, de prendre position et d'employer au mieux ce qui restait de munitions. Tout le monde pensa qu'une telle décision était parfaitement conforme à la règle du jeu. Comme nous étions très fatigués, je ne peux savoir exactement si notre attitude était plus inspirée par le zèle de combattre ou l'impatience de mettre sac à terre, mais il serait idiot de nous chicaner sur ce point. Toujours est-il que nous jouâmes aux petits soldats pendant quarante-huit heures devant l'ennemi qui fut bien obligé d'en faire autant. Peut-être que lui aussi était fatigué et que ses mitrailleurs acceptèrent la provocation avec soulagement. Il y a des moments où, de part et d'autre, dans une guerre de mouvement accéléré, la piétaille est disposée à payer le prix fort de la pause. Après tout on ne sait jamais, cela pouvait donner des espèces de Thermopyles ou une sorte de Marne, mais l'histoire a tourné autrement et ce ne fut qu'une modeste prise de contact, tout ce qu'il y a de réglementaire, mais sans effet stratégique et sans poids sur le destin des nations. Quoi qu'il en soit notre affaire se déroula dans le bruit habituel à ces rencontres et nous ne pûmes percevoir l'appel d'un général qui, au demeurant, n'était pas celui de notre division. Nous fût-il parvenu que, à mon avis et si mes souvenirs sont exacts, le bruit ambiant avait une tonalité trop conventionnelle et classique pour être favorable à l'idée de désertion, fût-elle héroïque, historique, et marquée du signe rédempteur de la réussite. Comme tout le monde j'ai fait ce que j'ai pu pour croire à la réussite providentielle de l'homme du 18 juin. La réussite ayant mal tourné, je ne puis m'associer à l'anniversaire officiel du 18 juin sans réserver une partie de ma ferveur pour le 18 juin de mon bataillon et rendre à ses morts les honneurs discrets qui conviennent de plus en plus aux victimes du devoir conformiste. 18 juin, Aspects de la France, 20 juin 1952, n°196
12.05.2017
Louis
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A l'heure où j'écris ces lignes, M. Queuille, après MM. Bidault et Mollet, essaye de former cette chose que les pince-sans-rire appellent un gouvernement. Le bon sens nous porte à croire que les personnages susnommés représentent ce qui se fait de mieux dans le genre homme d'État en IVe République. C'est la fine fleur des assemblées, la quintessence du ramassis, les plus beaux coqs de la faisanderie. Ils ont été portés au maroquinat par les infaillibles remous du bazarlik majoritaire et nous les honorons comme des instruments familiers au service des « médiocrités faméliques » dont parlait tout récemment M. Hutin-Desgrées[1]. M. Hutin-Desgrées, député soi-même, commence à s'inquiéter en effet de ces « médiocrités faméliques qui se glissent dans nos parlements, dont on ne sait pas d'où elles viennent et moins encore où elles vont ». Où qu'elles aillent et où qu'elles soient arrivées déjà, ces médiocrités faméliques, c'est porter une atteinte mortelle aux principes républicains que vouloir les écarter du noble jeu. M. Hutin-Desgrée, qui feint sans doute de vouloir sauver la République, propose de conjurer le mal en réduisant le nombre des parlementaires. C'est le vœu du pays, affirme-t-il. Je n'en sais rien, ces genres de vœu ne sont jamais clairement exprimés et les Français commencent à comprendre qu'il n'y a plus personne en France pour entendre et examiner leurs vœux. En tout cas, si le nombre des parlementaires est réduit à cent ou même à la douzaine, je me demande ce qui empêcherait les médiocrités faméliques d'y installer leur majorité. Tel que je vois parti M. Hutin-Desgrées sur le vrai chemin des réformes constructives, autant qu'il préconise la liquidation pure et simple du Parlement, en commençant bien entendu par la chambre de réflexion. Et tant qu'à faire de prêter un vœu au pays, mieux vaudrait tout de suite un vœu complet et définitif. A propos de la mission Mollet, j'allais oublier une chose importante. En période de crise ministérielle, en effet, j'ai l'habitude de vous citer un texte de base dont l'auteur est M. Vincent Auriol et qui remonte à l'époque où M. André Marie reçut mission de former un cabinet. C'est une petite coupure que je porte toujours sur moi et dont je fais profiter les amis que je vois dans la peine ou le désarroi. Pour en éprouver tout le bienfait la lecture doit être faite avec l'accent : « Le président de la République l'a préalablement informé de ses conclusions sur la possibilité d'un programme limité et concret d'action républicaine nationale et internationale portant sur la nécessité de la restauration de l'autorité de l'État républicain, sous la loi républicaine, dans les domaines militaire et civil, et, en outre, sur la stabilité économique et sociale qui conditionne la stabilité politique et qui, à son tour, a pour condition la solution urgente des problèmes des prix, des salaires, du ravitaillement, de la production et de la répartition, de la situation financière et monétaire qui en est le reflet, sur l'organisation de la défense nationale et sur la politique extérieure. Le président a ajouté que l'ensemble de ces questions et des solutions communes délimitait la majorité qui doit être stable et exigeait un gouvernement vigoureux, solidaire et, pour les postes essentiels, des caractères inflexibles. » Voilà le monument ; voilà la fontaine où j'invite mes lecteurs à se rafraîchir d'une onde limpide et pétillante. En un temps où, plus que jamais, les paroles sont comptées pour des actes, tout le monde me saura gré d'avoir transcrit une fois de plus ce document fondamental et roboratif, véritable digest du génie français qui joint la dignité républicaine à l'évidence cartésienne. L'espoir renaît, Aspects de la France, 9 mars 1951, n°129  
10.03.2017
Louis
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« A l’heure qu’il est j’ignore encore quel postérieur, pléthorique, pointu, serré ou blindé va s’asseoir dans le fauteuil présidentiel. De toute manière, il va s’asseoir au plus moelleux du fromage républicain qui commence à grouiller un peu sur les bords et s’achemine doucettement vers le terme de son destin. L’élu, évidemment, ne sentira rien ; il a mûri sous la cloche à fromage et son nez est fait à l’odeur du régime coulant. Il aura été choisi parce que lui-même est un homme fait à cœur, un homme du milieu. Il va présider des conseils interlopes formés de ratés, de couards, de grotesques, de crabes adultes et de jeunes faisans, tout cela ramassé à l’écumoire sur le bouillon parlementaire. Ne croyez pas que je m’abandonne à la passion polémique. Ce sont là des choses qu’on entend dire partout, dans les salons, dans le métro, dans les clubs, chez les duchesses, au cabaret, chez le dentiste, à l’usine, dans les chemins creux, aux mariages et aux enterrements, dans les foires ,au bal musette, dans l’ascenseur, aux réunions de famille, sous les becs de gaz, par temps de pluie ou ciel bleu, et d’une voix tranquille, un peu fatiguée, car tout le monde est d’accord. Non, cela n’a rien à voir avec la polémique. Quand on observe les symptômes et qu’on décrit les ravages de la dysenterie par exemple ou de la gomme au cerveau, on ne fait pas de la polémique. Si je dis que, depuis près de dix ans, nos assemblées se recrutent dans la lie de la population, que nos hommes d’Etat, quels que soient leurs vices particuliers, constituent une sélection assez homogène d’intellectuellement faibles inutilisables dans le secteur privé, ou que la IVe République est l’objet de la dérision universelle, ne sont pas là des appréciations dictées par l’esprit de parti, mais des vérités d’expérience quotidienne. (…) Beaucoup de gens ont peine à imaginer l’effrayante nullité de nos élites politiques, et c’est bien compréhensible. Autour de nous, en effet, nous voyons des quantités de Français intelligents, travailleurs, sensés, honnêtes et bien élevés, d’un niveau moral et intellectuel au moins égal à celui de M. Eisenhower ou de M. Churchill, et il faut faire un pénible effort pour imaginer que ces gens sympathiques sont gouvernés chez eux et représentés au dehors par des paltoquets douteux ou des voyous que ni vous ni moi n’oserions sans rougir inviter à notre table. Nous arrivons maintenant aux ultimes conséquences du système. Il va falloir conclure. De crible en crible le jeu des institutions nous a livré la fine fleur du rebut. Il n’est plus question de s’attarder aux querelles de doctrines, nous voilà au bilan. Evidemment c’est ce qu’on dit à chaque génération. Tout de même, à moins d’envoyer aux prochaines Bermudes un ouistiti baladeur et de faire poser des otaries savantes sur le perron de l’Elysée, il paraît peu probable que la République puisse trouver dans ses tripots, dans ses aériums, ou dans ses faisanderies, un personnel mieux qualifié pour faire injure aux Français. » Aspects de la France, Vers l’apothéose, n°275, 18 décembre 1953
01.01.2017
Louis
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"Le cousin Jean qui me tient lieu de petit frère est près de moi. Il a neuf ans et s'en ira lui aussi mourir soldat, en Syrie cette fois, et dans une autre guerre. Non pas, Dieu merci, la fratricide où, sans y mettre les pieds, le grand-duc d'Occident remportera en 1941 sa première victoire sur les Français, mais en 1926 quand la république jugeait encore bon de soutenir là-bas la fortune des Francs au péril des Druses et autres infidèles. Notez bien qu'aujourd'hui même en ces hauts lieux turbulents où Mahomet transporté dans sa gloire de bitume veut planter de nouveau son drapeau vert sur le Sinaï et le Golgotha, la France, mère des arts des armes et des lois, est toujours présente, au moins par les armes. Elle en fournit à qui en veut, de préférence à l'Islam, et cette fois la péripétie est bien nommée. Quant à l'hypothèse où nous irions de nouveau, en chair et en os, guerroyer dans ces coins-là, j'ai idée qu'alors la mémoire de saint Louis ne serait pas dans les bagages. Nous lui avons quasiment réglé son compte. Irritante mémoire, bondieuserie colonialiste, imagerie infantile que nos princes tonsurés ou chevelus mais œcuméniques en diable auront jetées en pâture de la conscience universelle et cathare pour entonner les litanies du pétrole : appariteur des fidélités nucléaires, sauveur du tiers monde, rachat de l'Occident, ultime raison des lieux saints, élévateur du niveau de vie, rosée du bien-être et fontaine de Jouvence, feu de la terre, conquérant du ciel etcétéra mais je crois entendre Marguerite : « Voyons, mon petit Jacques, à l'âge où te voilà ce n'est pas bien de parler comme tu le fais, ça n'a pas de sens commun. » L'expression était chez nous de service courant mais on prononçait sancommun et jusqu'au jour où je sus l'orthographe j'estimais excessif qu'on pût contester chez l'un de nous pour un oui pour un non le sang commun de la famille." Raisons de famille
22.10.2016
Louis
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(…) J’ai le mauvais œil pour tout ce qui sort de terre. Malgré cela, l’année dernière encore, je me suis laissé aller à une nouvelle tentative et j'ai planté trois rosiers grimpants au pied d'une maison de campagne ; c'était moins pour défier la nature que pour faire plaisir à ma femme qui, à la longue, trouve agaçant de toujours apporter les fleurs de Paris. L'affaire fut conduite plus qu'honnêtement car je n'ai jamais lésiné sur la qualité d'une graine ou d'un plant. Tant qu'à faire de planter, je veux de nobles tiges et tant qu'à les voir périr, je veux pleurer de grands noms. Ainsi, j'avais arrêté mon choix sur une Madame Dupeyron, un Feu d'Artifice, et une Coquette sauomnée de Pontoise. Sans être le jouet des mots, on peut dire que ça promettait. Scrupuleusement, j'ai préparé le mélange de glaise et de bouse de vache dont il est recommandé d'enduire les racines avant de les confier à une terre supposée ingrate, et je suis payé pour savoir qu'elles sont toutes ingrates. Comme d'habitude, j'ai pratiqué cette opération, qu'on appelle le pralinage, dans le bain de pied en émail qui est l'une des pièces les plus sympathiques du trésor familial car j'y ai vu barboter les chers nougats de mes aïeux maternels, tremper les couches de nombreux petits cousins, laver des cuisines d'oseille comme on n'en fait plus, rincer des chevelures 1900 et baigner les épreuves sur bromure de mon oncle photographe. Ce récipient, qui a survécu à tous les déménagements, découragé tous les brocanteurs et bravé les usages les plus éloignés de sa destination première, semblerait avoir trouvé aujourd'hui, grâce à mon gamin, une assez jolie sinécure dans le rôle de vivier à gardons. Vivier trompeur, s'il en fut, car le vif y crève en une nuit et l'on peut voir chaque matin, pendant la saison, le ventre argenté du fretin à la surface du bain de pied héréditaire. Oui, le récipient vieilli sécrète, bien malgré lui le pauvre, une toxine mortelle et tout en pralinant les racines de madame Dupeyron, j'aurais bien dû me méfier de la chose au lieu de m'imaginer sottement que je pralinais les pieds de ma grand-mère pour sa floraison octogénaire. Pourtant, mes trois plants se mirent à pousser, les bourgeons s'épanouirent, les petites feuilles, déjouant mes pronostics, ne se roulèrent pas en cigares morbides et tout laissait prévoir un miracle quand les pucerons se jetèrent dessus, par myriades. Horrible spectacle. La horde vermineuse, ivre de sève, gonflée de vert à s'en péter la peau diaphane, titubante et cuvant sa chlorophylle, ne laissa de mes rosiers que trois brins secs où pendillaient d'exsangues pédoncules. Quand même, ils ne moururent point et, ce printemps, les voyant reverdir héroïquement, j'ai attendu les pucerons avec une seringue à nicotine, triple dose. J'ai eu le dernier mot. Alors les feuilles se sont mises à pousser d'une manière extravagante. Pas une fleur, pas une promesse de bouton, mais une frondaison tropicale. Je ne peux pas dire que ce soit laid, mais on ne cultive pas le rosier pour son feuillage, ça ne se fait pas. Les étrangers me disent : « Vous avez là une bien jolie plante grimpante, comment l'appelez-vous donc ? Il me semble avoir déjà vu ce feuillage-là quelque part. » Alors je parle d'églantier du Zanzibar ou de méziganthéa amélioré de Vilmorin, et au fond ils s'en fichent, mais moi qui sais, moi qui pourrais donner mon nom à cette curiosité horticole, je la considère comme le témoignage hyperbolique de l’impuissance heureuse, le monstre impubère et profus, et la pensée qu’une telle chose ait pu prospérer sous mon toit m’est extrêmement pénible. Bâtons dans les roues, Gallimard, Paris, 1953 •
09.10.2016
Louis
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L'usage du vélo parisien m'a profondément marqué. Ni la moto culbutée, ni le cabriolet fougueux, n'ont su prévaloir sur le fond de ma nature cycliste. C'est assez dire que mon expérience de l'automobile n'est pas d'une grande utilité pour l'avancement des sciences mécaniques, mais j'estime qu'elle présente quelque intérêt sur le plan humain et je tiens beaucoup à me situer sur le plan humain. Personne encore n'a pu me dire quels sont les trois points qui déterminent ce plan, mais ce n'est pas gênant, au contraire, cela permet de le gauchir à la demande et de le faire passer où l'on veut. Disons tout de suite que mon expérience ne doit rien à la fréquentation du salon de l'Automobile. D'abord, ce Grand Palais, pour l'usage qu'on en fait, porte un nom ridicule; peut-être aurais-je admis qu'on appelât cette bâtisse Halle ou même Hall, mais c'est tout ce que ça vaut et je ne vois d'autre palais, chez nous, que l'habitation princière en souffrance. Je n'aime pas que les mots dérogent et galvaudent leur magie. Pour ce qui est des salons, quels qu'ils soient, sans les mépriser, je ne les fréquente guère mais je sais bien que dans le monde où j'ai été élevé on n'installait pas des tourniquets à l'entrée des salons. Quand m'arrive aux oreilles le bruit des tourniquets à l'entrée d'un édifice, je passe au large. Et puis, ce grand rassemblement de véhicules progressistes, ce fiévreux concours d'innovations mécaniques, c'est trop; le plafond de ma curiosité est crevé. Je préfère surprendre la nouveauté dans le déroulement du quotidien, voir par exemple, au coin de la rue Mouffetard, surgir pour la première fois la berline Léon Bollée à siège éjecteur ou me dire en flânant sur le boulevard : «Tiens! le petit père de Dion vient de sortir son nouveau landeaulet en nylon jaspé. » Pour en finir, je dois avouer que la voiture neuve m'est défendue. Le destin ne veut pas me confier de voiture neuve et, sous prétexte de mes idées réactionnaires, il a toujours cru bien faire en m'orientant vers la voiture d'occasion, ce qui expliquera le côté occasionnel, sinon accidentel, de ma connaissance de l'automobile. Toutes mes voitures, je ne crains pas de le dire, ont fini de la même façon, par un nuage de fumée s'échappant du capot et l'éclatement de la culasse. En toute bonne foi, j'incriminais la vétusté de la machine alors qu'il ne s'agissait, paraît-il, que d'un manque d'eau. Telle était en tout cas l'explication des garagistes, mais encore faudrait-il expliquer ce manque d'eau, faire le départ entre la soif outrancière de mes radiateurs et ma négligence à les satisfaire, établir les motifs de cette incurie et, d'explication en explication, on s'aperçoit bien, comme il est dit plus haut, que c'est une question de destin. Comme il arrive souvent, le destin, pour plus de sûreté, m'avait honoré de sa marque et j'ai l'impression qu'elle se voyait de loin; toujours est-il qu'elle se trouvait rapidement identifiée par le garagiste auprès de qui je sollicitais un conseil pour l'achat d'une voiture d'occasion. Mon erreur fut toujours de m'adresser à des gens dont le métier était précisément de vendre des voitures d'occasion, alors que mon métier à moi n'était pas d'acheter ces sortes de voitures. Vous voyez le déséquilibre des forces et vous comprenez mieux pourquoi je sortais du garage au volant du plus abject véhicule, persuadé que le moteur venait d'être refait, comme ils disent, et que la voiture provenait d'un client qui, lui, s'en défaisait la mort dans l'âme, pour des raisons de famille extrêmement embrouillées mais enrobées d'un épais parfum de bonne foi. Naturellement je suivais les petites annonces, je subissais le charme de ces appels, haletants et codifiés et je me figurais déchiffrer les messages de flibustiers amis me signalant leurs trouvailles et je me flattais d'être initié aux conventions de leur langage. Ainsi je savais que bon état mec. signifie que le moteur fera volontiers un petit effort pour vous conduire jusqu'à la première bosse de la chaussée qui ouvrira d'un seul coup vos quatre portières, accident bénin si quelques oisifs dans la force de l'âge se trouvent là pour vous aider à remettre la carrosserie sur le châssis. Pour ce qui est de la voit. impec., c'est déjà plus subtil. La voit. impec. ressemble au sépulcre blanchi. Tout a été repeint, rechromé, elle irradie, elle fait mal aux yeux, c'est le char d'Apollon. Tous les accessoires fonctionnent : la pendule de bord, le clignotant, l'antivol et le briquet électrique, mais le moteur est rongé par un mal secret et le pont arrière est en pâté de foie. Le pâté de foie n'est pas rien qu'une charmante image du jargon garagiste; il s'est élevé peu à peu à la réalité d'une matière première de l'industrie automobile et c'est inouï ce qu'il peut entrer de pâté de foie dans une voiture d'occasion du type impec. Le véritable garagiste, celui qui a connu le gazoil au biberon, a une manière de dire : « Des pignons en pâté de foie », en se remontant les braies du dos de la main, ce qui est un des sommets de la mimique artisanale. Dans cette industrie où rien ne l'appelait a priori, le pâté de foie jouit d'une faveur constante et sa prolifération est un des phénomènes troublants du monde moderne. Car il y a aussi les billes en pâté de foie, les engrenages en pâté de foie, les bielles en pâté de foie, etc. Curieux de la raison des choses, principalement quand les choses me tombent dessus avec insistance, j'en suis arrivé à deux hypothèses : ou bien il s'agit d'une désintégration de l'acier et de sa transmutation électronique par fixation d'une molécule d'occasion génératrice de la dégénérescence pâteuse, ou bien il existe quelque part un gisement de pâté de foie extrêmement riche et interdit au public, où se taillent, se tournent et se fraisent les pièces vitales de la voit. impec. Le vélo in Enfantillages, Le Dilettante, Paris, 2009
« Il y eu très vite assez de morts autour de nous pour que la famille prît ses quartiers de gloire et de deuil en attendant de se refaire un peu de sang. La foudre tombait partout et volontiers retombait sur les mêmes. En quelques mois tous les amis de mon frère étaient tués ; l'un deux, son préféré, tombait le quatrième d'une famille de cinq garçons, la mort ayant bien voulu les saisir en commençant par l'aîné, et le recrutement épargner le cinquième. Il y avait tant de morts que les douleurs s'épaulaient dans la communion des douleurs et que la France tout entière pleurait par nos yeux. Je n'oserais pas dire que le mal en devenait tolérable, mais depuis toujours on m'avait enseigné les privilèges du champ d'honneur et j'y croyais sincèrement. Aujourd'hui encore, en dépit des sarcasmes ou des impostures, en dépit de la réflexion et même tout bien pesé, j'y crois encore un peu. De toute manière, à cet âge qu'on dit ingrat, on n'est pas terrorisé par les deuils, fussent-ils d'hécatombes ; on ne connaît la mort que par le témoignage des vivants et Dieu sait qu'alors ils s'évertuaient à la chamarrer, à tel point que je n'étais pas éloigné d'y voir comme une récompense suprême ; il pleuvait des prix d'excellence. C'était plus facile à décrocher qu'un accessit en calcul. Il a fallu du temps et de l'expérience pour que j'imagine un peu cette chose qu'est la mort d'un fils de vingt ans, beau, fort, fier et bien aimé, et l'horrible chagrin où ma mère s'est repliée. » Raisons de famille, Via Romana, 2015
02.07.2016
Louis
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Certes, il y a des gens qui préfèrent considérer les vacances comme un état semi-comateux, une indolence intégrale, une longue sieste mollement agrémentée par de vagues odeurs d'algues ou de foin, de vermouth ou d'anis. Je suis loin de mépriser les estivants de ce genre et je me sens fort capable moi aussi de dormir quinze jours de rang à l'ombre des forêts ou simplement d'un parasol orientable. En revanche, beaucoup de gens, non moins respectables, consacrent leurs vacances à la recherche des nobles périls que le quotidien sophistiqué leur refuse et des rares délices qui s'ensuivent. A celui qui cherche un dérivatif exaltant aux routines du gagne-pain, la navigation dite de plaisance propose une incomparable variété d'émotions, de tracas, du pépins et d'anxiétés qui lui rendront, sinon le goût, du moins le sens d'une insécurité vraiment digne de l'homme libre. Les plaisirs consécutifs à ces loisirs périlleux seront évidemment proportionnels aux risques encourus, et variables en fonction du caractère des joueurs. Certains coriaces veulent une bonne tempête, de surcroît avec démâtage et avarie au gouvernail, pour vraiment bien savourer le coup de rhum pris au port dans le tragique désordre d'une cabine saccagée par la mer. D'autres se contentent largement d'un grain à deux ris ou d'un vasouillage dans la brume pour satisfaire leur besoin de vacances héroïques. Beaucoup de plaisanciers enfin préfèrent, tout bien pesé, naviguer l'espace d'une marée ou courir sur leur erre huit à quinze jours dans les bistrots du port ou discuter gréement, bord à bord, à longueur de soirée, avec les voisins du bassin à flot. Ce ne sont pas des tricheurs mais des imaginatifs. Sitôt à bord, ils se représentent l'aventure avec assez de précision pour se dispenser de la courir dûment, et en arriver tout de suite au petit café arrosé avec commentaires. Il faut dire ce qui est : sauf nature vicieuse, aucun marin ne se régale d'une mer démontée. Quitte à les considérer plus tard comme la fleur des vacances, les mauvais moments sont, sur le moment, d'authentiques mauvais moments où se pose l'inévitable question de savoir ce que diable on est venu faire en cette galère. On peut réclamer innocemment le coup dur tonique et s'en flatter à l'avance, mais si l'on pouvait en avoir une représentation complète on opterait plus d'une fois pour la belote à quai sous la grand-voile bien ferlée sur son gui. C'est ce que nous ferions également, si nous pouvions avoir le souvenir vivace et loyal du dernier coup dur, mais la mémoire ne restitue ni les suées ni les chocottes, et on ne se souvient jamais exactement du prix qu'on a payé l'exquise joie du retour au port. A m'entendre, vous pourriez croire que je consacre mes vacances à passer le cap Horn et mes dimanches à tournailler dans le maelström. Ce n'est pas, géographiquement parlant, tout à fait exact, mais il n'est pas nécessaire de beaucoup s'éloigner pour savoir à quoi s'en tenir sur les aléas de l'élément liquide. Souvent je me suis demandé ce que je faisais là, petit imbécile fourvoyé dans l'agitation des flots, piteux scribouillard empêtré d'ambitions magellaniques. Probablement me le dirai-je encore ; ce ne sera pas faute de savoir que naviguer à la voile est un exercice délicat et que mon expérience dérisoire me laisse encore espérer d'innombrables pépins. Conduire un bateau à voile, c'est-à-dire le faire aller d'un point à un autre, est une opération complexe où entrent en jeu des puissances physiques aggravées de réputation mythologique. Il faut partir de ce principe que le vent ni la mer ne vous veulent du bien. C'est d'ailleurs une constatation qu'on peut faire généralement dès la première sortie et qui ne fera que se confirmer. Pourtant, si vous n'êtes pas directement responsable du bateau, vous pouvez avoir l'illusion que la manœuvre en est à peine plus difficile que celle du vélo. Vous avez fait une demi-douzaine de sorties par beau temps, dans le bateau d'un camarade bien amariné, vous lui avez donné le coup de main, vous croyez avoir compris. Le jour venu d'embarquer à votre tour un copain assez innocent pour vous faire confiance, j'aime mieux vous dire que vous avez la gorge un peu serrée, surtout que les gens ne manquent pas sur le quai ou sur la digue pour guetter le cafouillage; et généralement le cafouillage amorcé se développe, s'amplifie, se complique et se précipite avec une rapidité incoercible. Lui, le copain, ne se rend pas bien compte ni du danger ni de votre angoisse; à vos injonctions nerveuses et contradictoires il raidit un filin, le mollit, pousse la barre au vent, sous le vent, accélère une catastrophe qu'il ne pressent même pas et trouve absolument démesurée la colère qui vous prend et les sottises que vous proférez à son endroit. Notez bien qu'il est extrêmement difficile de sortir en mer avec un copain, soi-même faisant fonction de capitaine, sans que se présente au moins une occasion de l'engueuler comme jamais vous ne le feriez à terre. Tout cela explique pourquoi il y a toujours, même en belle saison, beaucoup de yachts au port. A propos du mot yacht, il faut détromper ceux qui, pensant bien faire, s'obstinent à prononcer yôte. A moins d'être anglais soi-même il n'y a que de mauvaises raisons pour prononcer à l'anglaise un mot hollandais qui, en Hollande, se prononce yak. D'ailleurs, et ce contrairement à ce qu'on pourrait croire, notre langage de mer a demandé peu de chose aux Anglais, lesquels, en revanche, nous ont fait pas mal d'emprunts. Ce n'est que depuis la faveur de la plaisance, et à la suite du vilain mot yachting, que notre jargon nautique a eu la faiblesse d'adopter quelques mots anglais. Donc il est décent de prononcer yac. Ecrivez-le encore yacht si vous voulez, mais je vous signale que jadis nous l'écrivions jac, orthographe agréable à l'œil et gentiment phonétique. Plus simple encore est de dire bateau, plus satisfaisant aussi pour le plaisancier qui, en général, a rêvé toute sa vie autour du mot bateau et qui, ayant enfin son bateau, continue de rêver bateau et n'a parfois de bateau que pour y rêver plus intensément de bateau. C'est une affaire entendue qu'un bateau est fait pour naviguer, mais la magie commence dès l'instant où vous avez mis les deux pieds sur le pont. N'y aurait-il qu'un mince filet d'eau visible entre le quai et le franc-bord, c'est déjà un océan qui vous sépare du monde. Cela ne vous empêche pas d'aller vérifier l'amarre qui vous tient à la bitte de bronze ; ce faisant vous ne témoignez pas de votre vil attachement à cette terre de misère, mais vous confirmez les promesses d'une liberté à votre merci. L'important, bien sûr, est de savoir faire le nœud, et le défaire. La prochaine fois je dirai un mot des cordages. Rêves de Cap Horn dans le bassin à flot, Articles de sport, Julliard, 1991
09.06.2016
Louis
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Au point de vue sentimental, j'avoue franchement qu'une finale entre l'Allemagne et la Hongrie me laissait froidement objectif. Peut-être qu'en cherchant bien dans l'histoire ou l'ethnographie, j'aurais trouvé de quoi souhaiter la victoire de l'une ou de l'autre; j'aurais pu me dire, par exemple, que nous avions pavoisé naguère pour Sadowa, mais la référence est fâcheuse et, de toute manière, ce n'est pas à l'heure où se construit l'Europe sportive que je vais m'embarrasser de répulsions ou d'affinités désuètes. Donc, impartialité exemplaire. Cela m'arrive assez rarement et je suis fier de vous en faire part. En revanche, du point de vue strictement football, mon objectivité restait plutôt douteuse, car je nourrissais pour ce jeu une très vieille indifférence qui, dans la discussion, et par rapport au rugby, par exemple, pouvait aller jusqu'au dédain et au parti pris le plus indigne d'un chroniqueur intelligent. Il s'y ajoutait même un rien de mauvaise foi car, pratiquement, je n'avais encore jamais assisté à ce qu'on appelle une partie de football. A ce point qu'en arrivant à Berne, et pris d'un scrupule professionnel, je m'enquis discrètement sur la composition d'une équipe, le rôle d'un ailier et le sens du mot corner. On crut à une plaisanterie et, à l'heure qu'il est, je n'en sais toujours pas davantage. N'empêche qu'il m'a fallu réviser mes opinions sur le football. Les spécialistes ont sans doute connu dimanche des régals qui m'ont échappé, mais il arrive un moment où la beauté du jeu éclate aux yeux des plus ignorants. Le chef-d'oeuvre s'impose à tout le monde. La perfection apporte une telle clarté qu'on est presque obligé de comprendre, en tout cas d'admirer. Mes camarades experts vous ont expliqué le chef-d'oeuvre, je ne puis qu'en témoigner d'instinct, et si, par hasard, l'un d'eux, pour m'en faire accroire sur sa science et son expérience, me disait que, tout compte fait, c'était une bonne finale de banlieue, il me ferait de la peine et je ne le croirais pas. Bousculant et bousculé, attentif à contrarier l'adversaire et contrarié lui-même, le joueur conduit sa course où il veut avec le ballon dans les jambes pour le passer au partenaire qu'il a choisi, sans même voir où il est, mais sachant où il doit être. Voilà ce qui m'a le plus frappé. Je ne pensais pas qu'on pût mettre tant d'esprit dans les pieds, tant de sûreté dans les faux pas, tant de bonheur dans le gouvernement d'un objet aussi libre qu'une sphère lisse sur une herbe grasse. Pour peu que, dans mon existence, j'aie eu affaire avec un ballon, j'ai toujours compris qu'il s'agissait d'un mobile excessivement aléatoire et indocile ; cela me permet déjà d'apprécier grossièrement la technique des champions qui m'ont été révélés dimanche. Vous me direz qu'il y a autre chose que la technique ; il y a l'intelligence, le moral et tout ce qu'on attribue injustement à la chance. Après une telle partie on aimerait savoir pourquoi la victoire est allée ici plutôt que là. On aimerait qu'un juge totalement perspicace nous dise exactement quelle fut la part de l'adresse, de la volonté, de la vitesse du vent, si la meilleure des deux équipes fut la plus habile ou la plus obstinée, la plus solide ou la mieux inspirée. Si vous voulez mon avis, il m'a semblé voir, chez les Allemands. plus de rapidité, d'entrain et même d'invention. Ce sont là des vertus qu'on n'a pas coutume de leur accorder. Il faudra surveiller de près, sur les terrains de sport J'entends, cette nouvelle orientation du génie allemand. Les Hongrois, très surpris de leur échec, ont su maîtriser leur déception. Il n'y a pas eu la moindre projection de bouteille pendant la distribution des prix, et les vaincus firent preuve d'une remarquable sérénité, tandis qu'éclatait l'apothéose de leurs vainqueurs parmi les fanfares suisses et les clameurs d'un fort parti allemand qui s'égosillait dans les tribunes. En France, nous avons toujours la ressource de chanter à la gloire des vaincus. Ce n'est pas forcément la même chose en Hongrie. Je pense que le Onze magyar, comme on dit maintenant, est le composé de neuf capitaines, d'un commandant et d'un colonel, ce qui ajoutera peut-être à l'infortune d'une équipe de foot le deuil d'un état-major. Toujours est-il que le « Deutschland über alles » à cuivres et à voix résonnait dans le stade bernois et qu'il n'avait pas pour autant une allure de tyrolienne. C'était la première fois que j'entendais cet hymne debout, et ç'aura été, grâce au sport, ma petite contribution à l'Europe. Fussball über alles, Articles de sport, Julliard, 1991
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