09.06.2016
Louis
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Au point de vue sentimental, j'avoue franchement qu'une finale entre l'Allemagne et la Hongrie me laissait froidement objectif. Peut-être qu'en cherchant bien dans l'histoire ou l'ethnographie, j'aurais trouvé de quoi souhaiter la victoire de l'une ou de l'autre; j'aurais pu me dire, par exemple, que nous avions pavoisé naguère pour Sadowa, mais la référence est fâcheuse et, de toute manière, ce n'est pas à l'heure où se construit l'Europe sportive que je vais m'embarrasser de répulsions ou d'affinités désuètes. Donc, impartialité exemplaire. Cela m'arrive assez rarement et je suis fier de vous en faire part. En revanche, du point de vue strictement football, mon objectivité restait plutôt douteuse, car je nourrissais pour ce jeu une très vieille indifférence qui, dans la discussion, et par rapport au rugby, par exemple, pouvait aller jusqu'au dédain et au parti pris le plus indigne d'un chroniqueur intelligent. Il s'y ajoutait même un rien de mauvaise foi car, pratiquement, je n'avais encore jamais assisté à ce qu'on appelle une partie de football. A ce point qu'en arrivant à Berne, et pris d'un scrupule professionnel, je m'enquis discrètement sur la composition d'une équipe, le rôle d'un ailier et le sens du mot corner. On crut à une plaisanterie et, à l'heure qu'il est, je n'en sais toujours pas davantage. N'empêche qu'il m'a fallu réviser mes opinions sur le football. Les spécialistes ont sans doute connu dimanche des régals qui m'ont échappé, mais il arrive un moment où la beauté du jeu éclate aux yeux des plus ignorants. Le chef-d'oeuvre s'impose à tout le monde. La perfection apporte une telle clarté qu'on est presque obligé de comprendre, en tout cas d'admirer. Mes camarades experts vous ont expliqué le chef-d'oeuvre, je ne puis qu'en témoigner d'instinct, et si, par hasard, l'un d'eux, pour m'en faire accroire sur sa science et son expérience, me disait que, tout compte fait, c'était une bonne finale de banlieue, il me ferait de la peine et je ne le croirais pas. Bousculant et bousculé, attentif à contrarier l'adversaire et contrarié lui-même, le joueur conduit sa course où il veut avec le ballon dans les jambes pour le passer au partenaire qu'il a choisi, sans même voir où il est, mais sachant où il doit être. Voilà ce qui m'a le plus frappé. Je ne pensais pas qu'on pût mettre tant d'esprit dans les pieds, tant de sûreté dans les faux pas, tant de bonheur dans le gouvernement d'un objet aussi libre qu'une sphère lisse sur une herbe grasse. Pour peu que, dans mon existence, j'aie eu affaire avec un ballon, j'ai toujours compris qu'il s'agissait d'un mobile excessivement aléatoire et indocile ; cela me permet déjà d'apprécier grossièrement la technique des champions qui m'ont été révélés dimanche. Vous me direz qu'il y a autre chose que la technique ; il y a l'intelligence, le moral et tout ce qu'on attribue injustement à la chance. Après une telle partie on aimerait savoir pourquoi la victoire est allée ici plutôt que là. On aimerait qu'un juge totalement perspicace nous dise exactement quelle fut la part de l'adresse, de la volonté, de la vitesse du vent, si la meilleure des deux équipes fut la plus habile ou la plus obstinée, la plus solide ou la mieux inspirée. Si vous voulez mon avis, il m'a semblé voir, chez les Allemands. plus de rapidité, d'entrain et même d'invention. Ce sont là des vertus qu'on n'a pas coutume de leur accorder. Il faudra surveiller de près, sur les terrains de sport J'entends, cette nouvelle orientation du génie allemand. Les Hongrois, très surpris de leur échec, ont su maîtriser leur déception. Il n'y a pas eu la moindre projection de bouteille pendant la distribution des prix, et les vaincus firent preuve d'une remarquable sérénité, tandis qu'éclatait l'apothéose de leurs vainqueurs parmi les fanfares suisses et les clameurs d'un fort parti allemand qui s'égosillait dans les tribunes. En France, nous avons toujours la ressource de chanter à la gloire des vaincus. Ce n'est pas forcément la même chose en Hongrie. Je pense que le Onze magyar, comme on dit maintenant, est le composé de neuf capitaines, d'un commandant et d'un colonel, ce qui ajoutera peut-être à l'infortune d'une équipe de foot le deuil d'un état-major. Toujours est-il que le « Deutschland über alles » à cuivres et à voix résonnait dans le stade bernois et qu'il n'avait pas pour autant une allure de tyrolienne. C'était la première fois que j'entendais cet hymne debout, et ç'aura été, grâce au sport, ma petite contribution à l'Europe. Fussball über alles, Articles de sport, Julliard, 1991
08.05.2016
Louis
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Jeanne d'Arc et la renaissance française (Allocution prononcée le 5 mai 1949, salle des sociétés savantes.) Jeanne d'Arc a été passionnément falsifiée, ou stupidement défigurée par toutes sortes de clans. Mais elle offre aujourd'hui la physionomie d'une espèce d'héroïne officielle, aussi neutre que possible, toute fardée de compromis et probablement sans aucun rapport avec le vrai visage. Tout le monde l'invoque et la revendique, les cléricaux, les anticléricaux, les bigots, les protestants, les conservateurs et les révolutionnaires ; c'est une enfant de Marie, une antipapiste, une vierge rouge, une émancipée des masses rurales. Les collaborateurs s'en sont servis contre les Anglais pendant que la radio nous annonçait qu'elle était réincarnée à Londres, et la IVe République, bon gré mal gré songeant que plusieurs générations d'historiens objectifs l'avaient rendue inoffensive, songeant qu'après tout elle est une victime du complot des soutanes et une grande résistante, a fini par homologuer son anniversaire au calendrier des fêtes nationales. Elle a droit aux détachements militaires, à la présence des grands magistrats, aux discours officiels qui la prient respectueusement et fermement de sauver la République, de bouter les factieux, de bouter ceci et cela, de bouter tout ce qui n'est pas la troisième force et de faire l'union des Français dans le cadre de la laïcité et des institutions démocratiques. Ça ne fait rien. C'est un commencement. L'important c'est de sonner les cloches et les bons sonneurs savent aisément les faire parler plus haut et plus clair que les discours. Maintenant que les cloches sont ébranlées pour la Pucelle, le 14 Juillet se sent peut-être un peu moins solide dans sa souveraineté pétaradante, il vieillit il faut dire ce qui est, ses symboles sont écaillés, les pontifes eux-mêmes n'y croient plus beaucoup, leurs trémolos ne sont plus roulés de si bon cœur et tout compte fait, à tout prendre, l'histoire de la Pucelle est quand même un peu plus brillante, plus décorative, plus excitante et plus généreuse que la prise de la Bastille ; ce n'est pas l'anniversaire d'un coup de main surchargé d'abstractions métaphoriques, c'est la fête de quelqu'un, et de quelqu'un qui n'a pas son pareil dans l'histoire des peuples. On en a un peu assez de fêter des dates, on aime mieux fêter quelqu'un. J'ai annoncé que bientôt, un de ces 25 août, M. Vincent Auriol serait reçu par le cardinal de Paris aux portes de Notre Dame pour célébrer la Saint-Louis. La chose est dans l'air. On va convoquer toutes les gloires du royaume pour faire la publicité d'une République malade. C'est très bien. Les doctrinaires en désarroi cherchent un biais pour trouver l'arbitre qui leur manque et la République ne pouvant, par définition, trouver en elle-même cet arbitre et ce justicier, cette personnalité au-dessus des partis qu'elle redoute et qu'elle réclame, se résigne prudemment à faire appel aux grands souvenirs de l'histoire. Et puisque tous les partis revendiquent Jeanne d'Arc, groupons-nous autour de Jeanne d'Arc, après avoir au préalable subtilisé son auréole, étouffé ses voix et remplacé son oriflamme de superstition par un calicot à slogan bénin confortablement abstrait. Plus de vocation, mais un petit programme élaboré en commission, un petit programme inoffensif pour intergroupe parlementaire. Jeanne d'Arc symbole de réconciliation, bien sûr, cela va de soi, mais si Jeanne d'Arc est à tous les Français, elle n'est pas à tous les partis, ce n'est pas vrai. Elle avait un parti, elle était Armagnac, pour commencer, et avant tout. Pas de confusion. Plus tard, quand les Bourguignons auront compris, on verra. Mais d'abord, dit-elle, il faut mener la bonne querelle du royaume de France, car Dieu le roi du ciel le veut. Elle fera la paix avec les Bourguignons. Après, quand la justice et l'amour triompheront de nouveau dans la seule personne du roi. Jeanne d'Arc résistante ? Mais naturellement. Ah ! le beau maquis que nous aurions eu ! Avec, pour finir, ce procès de condamnation par les théologiens progressistes et les juges tremblants. Les Armagnacs n'étaient pas M.R.P. et vraiment c'est tricher un peu fort que vouloir aujourd'hui assigner. à la Pucelle quelqu'une de nos inconvenantes querelles. Aucune ne lui va. C'est la justice qu'elle réclame et le nom de justice est inséparable du royaume de France, et tout espoir reposait alors sur ce principe fondamental de la monarchie française et dans les brigandages de toutes, sortes qui désolaient la terre de France, on rêvait de ce grand justicier de jadis, le roi de France, celui qui tient la justice non des hommes mais de Dieu. Tout le monde savait bien, le seigneur, et le vilain, le clerc et le truand, que les lis avaient été apportés à Clovis par les anges ; c'était indiscutable, une vérité admise et enviée par l'Europe. On n'y croit plus beaucoup à cette démarche angélique. Les manuels n'y font même plus allusion et les docteurs de l'Église, les curés sociaux, les prêcheurs démocrates n'en sont plus très sûrs qui croient plus habile, en leurs sermons, de négliger saint Michel pour parler de Karl Marx, en quoi ils se trompent car Saint Michel n'a pas dit son dernier mot. Et le peuple lui-même, n'y croit plus guère, mais dans les fatras de ses nouvelles superstitions, du fond de sa maturité politique, il en a quelquefois la nostalgie. Malgré la radio, il aimerait encore que sainte Catherine et sainte Marguerite viennent de temps en temps lui raconter des histoires dans les pommiers. On y a mis des épouvantails et on a tué la candeur. C'est pourtant la candeur, la candeur de Jeanne qui a rendu leur force aux Français. On ne peut imaginer plus de bon sens, plus de réalisme, plus de sagesse humaine, plus de joyeux attachement à la nature que chez cette bergère en complicité constante avec le surnaturel. Depuis Tolbiac la monarchie française est portée par le surnaturel et je trouve en effet que l'histoire de France est quelque chose de pas banal. A présent qu'elle est émancipée nous divaguons un petit peu. La lumière du surnaturel nous aidait à comprendre pas mal de choses terrestres et maintenant les chefs sans lumière sont des ombres. M. Vincent Auriol est très loin de ses sujets. Si, demain matin, Jeanne d'Arc était introduite au conseil des ministres parmi lequel se dissimulerait le chef de l'État en modeste veston démocratique, je me demande si elle reconnaîtrait sans hésiter M. Vincent Auriol. Mais comme elle est très malicieuse, elle le reconnaîtrait peut-être et ça ferait un beau tapage dans la République. Jacques Perret, Aspects de la France, 12 mai 1949
28.09.2015
Louis
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Les éditions Via Romana viennent de rééditer les Raisons de famille. Raisons de famille est le deuxième des cinq tomes de souvenirs de Jacques Perret mais le premier si l’on considère la période rapportée. Ces souvenirs le resituent dans l’intimité familiale, parmi ses ascendants, ses cousins, et bien sûr et surtout son grand-frère Louis, personnage central, tué en 1916 sur le front de la Somme. Jacques Perret nous donne donc ses raisons de famille, loin de l’exercice souvent pratiqué chez d’autres auteurs, du dénigrement de sa parentèle, pour au contraire tirer fierté de l’héritage. Ceux qui connaissent Jacques Perret, trouveront dans ces souvenirs qui sont ceux de sa jeunesse, les principales clefs de ses engagements. « Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont ainsi armé pour la traversée de l’existence. Parmi les agréments que j’en ai tirés beaucoup se sont fait payer bien sûr, mais en fin de compte je n’ai pas l’impression d’avoir été roulé. »   Le lecteur découvrira dans ce livre où l’humour, comme un remède ou une défense, côtoie la gravité, la vie d’une famille bourgeoise aux alentours de la Grande Guerre dont nous commémorons le centenaire. Bouleversement mondial, drame national mais également personnel, cette guerre marquera sa famille jamais remise de la perte du fils chéri et du grand-frère, même si « il y avait tant de morts que les douleurs s’épaulaient dans la communion des douleurs et que la France tout entière pleurait par nos yeux. Je n’oserais pas dire que le mal en devenait tolérable, mais depuis toujours on m’avait enseigné les privilège du champs d’honneur et j’y croyais sincèrement. Aujourd’hui encore, en dépit des sarcasmes ou des impostures, en dépit de la réflexion et même tout bien pesé, j’y crois encore un peu. » Perret, l’insubmersible Gardez le cap avec cet écrivain mahousse (article paru sur www.causeur.fr) Il y a d’abord une rencontre avec cette phrase qui déploie une puissance narrative hors du commun. Quel souffle ! On est emporté par le style, une langue française de haute tenue qui en impose par sa majesté sans pour autant rompre avec ses attaches populaires. Appréciez cette musique pleine de chausse-trapes : « L’Histoire est une carotteuse et une tête en l’air qui répartit ses couronnes au petit bonheur la chance, joue de la trompette par-dessous la jambe, allume des vessies, éteint des lanternes, et distribue ses brevets à la tête du client ». Gaston Le Torch, lieutenant honoraire d’infanterie coloniale, fantassin qui découvre la mer, héros cabossé du roman « Le Vent dans les voiles » paru en 1948, illustre cette fragile ligne de flottaison. Le grand critique littéraire belge Pol Vandromme décelait dans cette prose chavirante une « préciosité (qui) a un air de naturel et la science de la grammaire des audaces de corsaire ». Un seigneur qui ne dédaignerait pas boire le coup dans un lointain rade de banlieue. Un ouvrier métallo qui prendrait la tête d’un régiment Hussard. Une féérie du zinc mâtinée d’aventures tropicales. Entre chien et loup, cette littérature de qualité se déguste à l’ombre des avenues trop éclairées où les fausses gloires des lettres brillent par leur vacuité. Jacques Perret (1901-1992) faisait bande à part, aujourd’hui encore, il en paye le prix. D’autres écrivains d’après-guerre ont usé de cet entre-deux poulbot et aristo, de ce mariage contre-nature, personne n’a atteint un tel degré de nostalgie. On respire à pleins poumons l’amertume du monde, sa gaudriole désenchantée et cet attachement viscéral pour les vaincus. Les perdants de l’Histoire auront toujours meilleure allure que les falsificateurs et leurs sales trognes satisfaites. La phrase de Perret n’est pas seulement un régal pour les yeux et pour les oreilles, parfaitement équilibrée malgré ses innombrables ramifications, elle déverse un plaisir intense. On y coule des jours heureux. On s’y prélasse avec bonheur. À chaque fois que l’on ouvre un roman, une nouvelle ou une chronique de cet auteur rare, le sentiment d’une profonde injustice nous monte à la gorge. Pourquoi ne lit-on plus Perret ? Pourquoi privons-nous les enfants de France de Roucou (1936), Ernest le Rebelle (1937), Le Caporal épinglé (1947), Bande à part (1951) ou encore Les Biffins de Gonesse (1961). Nous entrevoyons bien-là quelques raisons idéologiques à cette odieuse mise à l’écart. Le garçon n’avait pas la mollesse de caractère de ses contemporains. L’honneur n’était pas chez lui un concept éthéré mais une façon de guider sa vie. Le Trône et l’Autel furent en quelque sorte son tombeau littéraire. Il n’avait pas épinglé au revers de son veston les brevets de bonne conduite dont les professeurs raffolent. Il ferait tache dans une assemblée d’humanistes et démocrates débonnaires. Il cumulait les « tares » et brouillait les couloirs maritimes de la bien-pensance en dehors desquels toute postérité boit la tasse. Royaliste et maquisard, médaillé militaire et déchu de ses droits civiques, chercheur d’or et renifleur d’embruns, polémiste et nouvelliste, Algérie Française et Chouan de la Mouffe, c’en est trop pour un seul homme dans une époque étroite d’esprit. Tant mieux finalement si les buveurs de picrate préfèrent les écrivains sans jus. Nous conservons pieusement dans nos bibliothèques tous les livres de Perret, les salisseurs de mémoire ne le méritent décidément pas. Perret est un auteur de copains, de connivences d’un soir, comme ces vins de Loire qui rendent mélancolique, c’est-à-dire gai et triste. Saluons en ce début d’hiver, l’extraordinaire travail de l’éditeur Via Romana qui a publié notamment les Chroniques d’Aspects de la France en deux tomes (1948-1952 et 1953-1959) et qui vient de sortir Raisons de famille. La revue Livr’arbitres de Patrick Wagner consacre son numéro 18 (automne 2015) à Jacques Perret et revient également sur le cinquantième anniversaire de la disparition de Roger Vailland. Un excellent numéro, érudit et partageur, où de nombreux témoignages viennent éclairer la figure de ce grand écrivain. Raisons de famille de Jacques Perret – Editions Via Romana. *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00259446_000002 Thomas Morales
28.09.2015
Louis
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Si je m'attarde un peu sur le thème anglais, c'est que j'ai encore sur le cœur une partie de rugby, à Colombes, en 1952 je crois, où l'Angleterre nous a battus par six à trois. En réalité nous fûmes battus par l'arbitre qui était britannique et je n'en démordrai pas parce qu'il n'y a aucune raison pour que je me résigne en silence au verdict d'un juge anglais. Que la République honore la reine Elisabeth comme la fée des démocraties ou bien cajole sa petite famille comme le tendre souci des foyers français, ça la regarde et franchement je n'y peux rien ; mais à Colombes je veux me permettre d'aller conspuer l'arbitre jusqu'aux vestiaires, en lui prêtant la tête de Churchill, trop heureux d'entendre une clameur qui sonne à mes oreilles comme le témoignage rarissime de l'unanimité française ; on ne rate pas ces occasions-là. Et qu'on ne vienne pas me raconter que nos spectateurs sont aveuglés par le chauvinisme. Le public parisien est le plus juste et le plus courtois que je connaisse. Donc, au moment où les Anglais allaient s'en tirer avec une partie nulle pas très reluisante, l'arbitre, sur une décision typiquement arbitraire, leur offrit, trois minutes avant la fin, un de ces petits coups francs sur mesure et dans la poche, comme le moins adroit de mes lecteurs ne pourrait pas en rater, même si le muscadet lui faisait voir deux ballons et quatre poteaux. Depuis que les Français jouent au rugby avec les Anglais, ils se font arnabitrer par un arbritish sous prétexte que le ballon ovale est une exclusivité anglaise tolérée en France, et il nous faut en passer par là. Bon, je suis un petit peu chauvin, c'est d'accord, mais juste autant qu'il est permis pour corser l'émotion de ces tournois ; n'empêche que, depuis quelques temps, il nous tombe dessus un peu trop de coups francs. Sans être un grand technicien du rugby ni connaître à fond la psychologie du sportif et encore moins le for intérieur des arbitres, voilà comme je me représente l'âme d'un arbitre anglais : d'une part il a été élevé dans la conviction de base que le Français, frappé d'ignorance congénitale et incurable des règles du rugby, ne peut que chercher à faire valoir son génie bien connu de truqueur total ; d'autre part, conviction non moins établie que n'importe quel joueur britannique se trouve placé de naissance et à jamais sous la garantie du fair-play qui est un postulat de fabrication anglaise entretenu par une publicité mondiale. Chroniques, Arcadia Editions, Paris, 2005
01.09.2015
Louis
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Cahier de brouillons C'est le plus gros des cahiers, le plus sympathique, le plus confidentiel, le plus affectueusement mal tenu. En fin d'année, il prend volontiers des allures de sublime témoin glorieux et perclus des campagnes scolaires. L'ennui est qu'il faut l'acheter neuf et qu'il ne prendra qu'à la longue son caractère brouillon. On admet très bien l'état neuf pour le cahier de textes ou d'histoire et l'élève le plus dissipé, le plus gâcheur, sera tout naturellement gêné par ces feuillets virginaux qu'il abordera d'une plume respectueuse, au moins pendant les deux premières pages. Mais la première page d'un cahier de brouillons, c'est une autre épreuve ; il faut vaincre cette fausse candeur d'un papier blanc qui ne rêve, en réalité, que des pires outrages. Le mieux c'est de l'attaquer d'emblée avec trois pâtés, une douzaine de lignes raturées, une caricature outrancière et un de ces graffiti abstrait où la plume libère toutes les richesses de l'inconscient pendant que le cerveau fonctionne sur les cimes. Malgré cela, vous n'aurez pas encore une vraie page de brouillon, elle trahira le convenu et la supercherie, vous n'aurez fait qu'un faux brouillon comme le peintre fabrique un faux primitif et ce n'est qu'à la fin du trimestre que le cahier commencera de justifier son nom avec ses belles pages échevelées, tantôt fougueuses et tantôt rêveuses, avec les bavures du génie à l'état brut, les ratures primesautières, les taches émouvantes comme d'héroïques ecchymoses, les arabesques hermétiques et ces profils extravagants qui ne peuvent éclore qu'entre deux contre-sens. Je m'étonne que l'Université, où la mode est aux tests, n'ait pas encore institué l'examen psychanalytique des cahiers de brouillon. Protège-cahiers Je les ai toujours tenus en estime jusqu'au jour où un maître fit couvrir nos protège-cahiers avec du papier bleu. Le prestige du protège-cahier en fut ruiné. A cet âge, on a l'imagination rapide et, en un clin d'oeil, j'ai entrevu l'impossibilité humaine de mettre un frein à l'obsession protectrice ; j'ai compris que la protection des cahiers pouvait conduire au vertige de l'infini et que Dieu seul détenait la notion du protège-cahier-en-soi, au fin bout de la série indéfiniment tutélaire des protège-cahiers à la puissance n. Plumiers Cette boîte parallélépipédique était souvent de cuir bouilli ou de carton-pâte, vernie noire à l'intérieur avec, sur le couvercle, un sujet colorié qui décidait de notre choix : cyclistes en maillots rayés ou petits bateaux de pêche. Les cancres optaient volontiers pour les cyclistes, et les bons élèves pour les petits bateaux. Dans les plumiers à cyclistes, on trouvait souvent du poil-à-gratter, des amorces, un petit pistolet à pomme de terre et un bout de zan soudé au vernis. Le porte-plume neuf, acheté pour la rentrée, était souvent choisi de forme rationnelle, parfois même avec l'emplacement idéal des doigts selon le dernier mot de la pédagogie hygiénique. Il fallait environ huit jours de succion amère pour débarrasser l'extrémité d'un porte-plume neuf de son vernis et lui donner cette consistance fibreuse et attendrie qui favorise la salivation, entretient le rêve et délie l'imagination. Plumes, règles, etc... La question plume était toujours l'occasion de laborieux tâtonnements et, jusqu'au jour où le stylo fut introduit dans les mœurs scolaires, je n'ai jamais pu me décider entre la sergent-major, la demi-molle, la tête-de-mort ou la baïonnette. Chacune avait ses vertus ; je n'étais plus le même garçon selon que j'écrivais avec une tête-de-mort ou une sergent-major, et vous devinez tout ce que la plume baïonnette, tordue comme la foudre, véritable aberration de l'industrie plumière, pouvait inspirer de divagations catastrophiques. Neuves ou encrassées, toutes mes plumes ont trouvé une noble fin dans le jeu qui consiste à introduire le bec de la plume dans la fente du pupitre pour en faire un projectile sournois ; c'est le principe de l'onagre, machine de guerre en usage chez les Romains. Il y aurait long à dire aussi sur la règle et son apprentissage rebutant. Sous une addition calligraphiée, on tire un trait délicat que la règle, en s'écartant, étale comme un panache de tempête. Malheureusement, à cet âge, nous étions très peu à savoir que sous une addition, juste ou fausse, un trait bien baveux ajoute un cachet romantique des plus heureux sur l'équilibre de l'univers. Beaucoup à dire aussi sur les gommes, les gommes à encre en particulier, qui ont pour effet de transformer une tache loyale, ou une faute de participe respirant la bonne foi, en un brouillon pelucheux, innommable ordure, halo suspect où la vétille devient tumeur maligne et foyer d'obscurantisme. Quant au papier buvard, c'est une question qui va loin. Nous entrons là dans le domaine de la féérie. Sauf exception d'ailleurs, les adultes ont perdu l'amour et la connaissance du papier buvard. Si, Dieu merci, il m'en reste encore quelque chose, c'est que j'ai consacré un bon quart de cycle scolaire à découvrir, analyser et mettre en valeur les immenses ressources du papier buvard, complice de toutes les évasions scolaires, pompeur de l'inconscient et révélateur de l'oisiveté surréaliste. Le rire, n° 35, novembre 1948
09.07.2015
Louis
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« Quand on parle d'échanges touristiques, cela veut dire que le touriste propage sur lui-même un certain contingent d'idées fausses et qu'il remporte sur autrui une quantité égale d'impressions vicieuses. Assez de balivernes sur les voyages qui forment la jeunesse ; c'est une formule moyenâgeuse qui donnait de bons résultats avec des locomotions moyenâgeuses. Le voyage pour tous est une institution burlesque. Sur cent voyageurs il y a quatre-vingt-dix sédentaires et il n'est jamais bon que les sédentaires prennent la route. Ce n'est pas que je méprise les sédentaires, beaucoup s'en faut, je les admire, je les chéris, je les conjure de rester fidèles à leur mission, solides au poste, car ils sont la joie, l'alibi et la raison des voyageurs. Pas la peine de voyager s'il n'y a plus l'espoir de secouer sa poussière ou de se chauffer le derrière chez les gentils sédentaires que la Providence a placés le long des routes pour faire le pain du voyageur et lui servir à boire en écoutant ses histoires. Et voilà qu'aujourd'hui les sédentaires infidèles se payent des voyages au Cap, des ouiquennes à Marrakech, des brevets de voyageur enfin, et qu'ils se les payent au sens le plus vénal du mot, comme on se payait jadis des quartiers de noblesse ou naguère des certificats de résistance ; c'est de la simonie. Dix mille kilomètres, pas une chemise mouillée, pas une ampoule au pied. Ce disant je n'exhale pas le dépit du voyageur écoeuré par la vulgarisation des voyages, car je ne suis après tout qu'un voyageur dérisoire, suspect, anxieux de l'étape et il se pourrait qu'en traînant ici et là, naguère, bon gré mal gré, je n'aie promu sur les routes qu'un sédentaire honteux, pour lui faire les pieds. Hélas ! la peau des pieds est longue à durcir, prompte à mollir, mais j’ai tout de même quelques souvenirs de pieds qui me cuisent assez pour envisager d’écrire aujourd’hui, les pieds à l’aise, une somme apologétique à la gloire des panards fumants et des nougats meurtris. » Chroniques, Arcadia Editions, Paris, 2005
29.05.2015
Louis
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(...) Quelques années plus tard, le problème des études, mais à Lyon les bonnes écoles ne sont pas gratuites. Mal conseillés ils envoient le jeune César à Nantua dans une école de pauvres où le régime est celui d'une maison de force, le biribi de la pédagogie. Toutes les noirceurs que nous prêtons généreusement à cette époque, et souvent comme le stropiat se moque du bossu, ne sont quand même pas entièrement légendaires. Mais patience : encore un siècle et demi et la condition scolaire deviendra si clémente que sous l'œil attendri des humanistes en carmagnole nos chérubins finiront par se libérer d'on ne sait quoi en attendant la botte qui reviendra d'on ne sait où, vieille histoire. C'est le mouvement alternatif, oppression dépression, le flux le reflux, l'ange et la bête, la respiration des sociétés. Ainsi nous en sommes aujourd'hui à murmurer entre nous que l'école de Nantua n'était peut-être pas absolument néfaste, que son retour hélas est au moins possible et que nous verrons alors les bâtons du retour empoignés par les libéraux eux-mêmes saisis de passion férulaire. De la pension du petit César nos parents conservaient pieusement quelques traits à l'usage des enfants qui auraient eu tendance à douter de leur bonheur : « Mange tes carottes et tais-toi, pense au grand-père Roque devenu si maigre et affamé qu'il se glissait la nuit par une chatière pour ramasser les croûtons dans le réfectoire et les partager avec ses petits camarades. » Ou encore : « Imagine-toi que dans la pension du grand-père Roque les grands faisaient l'exercice dans la neige avec de gros fusils glacés et les petits avec des lances trois fois hautes comme toi qui leur tombaient des mains gelées et n'oublie pas qu'ils avaient déjà les doigts meurtris par les coups de règle, quand tu en seras là tu te plaindras, mouche-toi ! » Encore un malentendu car sans me plaindre et tout de suite j'aurais pris volontiers les coups de règle en place de sermons ; et que n'aurais-je donné pour m'ébattre lance au poing dans la neige avec mes petits camarades, et me couvrir de gloire en mission de chatière pour le bien commun. Mais ces choses-là n'étaient pas à dire. Il faut préciser qu'en matière d'éducation le ramollissement des mœurs commençait à sévir dans une famille pourtant fort à cheval sur les principes. Les claques et les fessées n'étaient plus administrées qu'en ultima ratio. On allait même jusqu'à s'indigner qu'en plein vingtième siècle, et à peine commençait-il qu'on le disait dans son plein, on pût voir encore des martinets en grappes aux devantures des bazars. Dans la conversation des mères j'entendais professer que les châtiments corporels offensaient la dignité des enfants. Trop petit pour me représenter clairement ce qu'était une dignité je la voyais alors comme une petite chose bien fragile pour exiger tant de soins. Mais Dieu merci les enfants entre eux ne tardent pas à savoir que la dignité se révèle dans les coups et dépérit dans les ménagements.   La vie de pension dans les collèges du XIXe siècle est un sujet abondamment traité par tous les écrivains qui en ont tâté. Ce n'est pas mon cas et la condition d'externe au début du XXe siècle, tout étrangère qu'elle fût à l'idéal permissif, n'avait rien de dramatique. Si la notion de faute restait vivace le catalogue des sanctions eût fait sourire nos anciens. Quant aux papas de ces pensionnaires tourmentés, les mêmes auteurs nous ont chanté l'épopée de leur grimpette à l'échelle sociale et je n'ai pas la prétention de faire pleurer le lecteur sur la condition des apprentis bourgeois qui partaient en sabots conquérir le haut-de-forme et sans esprit de retour. De Louis père de César et de sa belle Nîmoise je sais bien qu'ils ont connu le besoin, la gêne, les privations, l'insomnie, toutes les inquiétudes et peut-être même entrevu la misère, mais jamais le désespoir. On leur avait appris tout simplement que la vie est un passage difficile mais qu'à défaut de sainteté la fierté les empêcherait toujours de tomber plus bas que terre. (...)   Raisons de famille
16.05.2015
Louis
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 Du 29 avril au 3 août le Centre Pompidou consacre une exposition à  l'architecte et urbaniste Charles-Edouard Jeanneret, dit LE CORBUSIER. Avant de vous y rendre, une petite mise en jambe s'impose.   La maison du fada La maison marseillaise de M. Le Corbusier revient une fois de plus à la surface de l'actualité, et comme il s'agit d'un dada personnel je m'empresse de l'enfourcher. On ne parle jamais mieux que de ses dadas. Je suppose que la fameuse bâtisse, pour des raisons de finance ou de prestige, a eu besoin d'un petit coup de tambour ; elle a rappelé aux bonnes gens que ses appartements étaient soldés 3.500.000 et convoqué une sélection d'esprits distingués pour leur renouveler l'assurance qu'il s'agissait bien d'une expérience urbanissime, extraordinaire autant que prophétique. Qu’elle soit prophétique, non seulement on s'en fiche mais ce serait déjà une bonne raison pour la mettre par terre. Les précurseurs deviennent de plus en plus indésirables. C'est déjà assez que le coup dur arrive à son heure sans que les olibrius fassent du zèle et nous en proposent des avant-goûts. Par le temps qui court il faut avoir une belle dose de fanatisme ou d'imbécillité pour se réjouir d'une anticipation quelconque. De tout ce que peut contenir l'avenir, rien ne presse, croyez-moi ; non seulement la pente accuse un pourcentage inquiétant mais la descente n'a pas l'air de se terminer sur la mousse et quiconque appuie sur l'accélérateur a des intelligences avec la catastrophe. Dieu merci, Marius préfère le cabanon ; il flaire que le jour où tout le monde sera casé dans les alvéoles du grand guêpier corbus, la condition humaine aura fait un pas décisif vers l'admirable civilisation des communautés fourmillantes et termiteuses. La race humaine aura retrouvé le grand secret des instincts arthropodes et sera délivrée des minables errements de l'homme libre. On dit que tel est probablement notre destin et c'est déjà mauvais signe que de le dire. Quand bien même ce le serait, on est encore libre de penser que c'est un fichu destin, et de museler les pécores obtuses et triples corbuses qui s'amusent à nous chanter les beaux blocs du casernement futur. Où l'on voit bien qu'il s'agit d'un piège c'est que la bâtisse fut d'abord annoncée sous le nom de Cité Radieuse. On n'y a pas vu malice, au contraire, c'était un peu clinquant, mais aguichant tout de même, et les bonnes gens se sont réjouis de la cité radieuse sans se douter qu'il s'agissait d'un faux nom. Quand la carcasse a pris la tournure qu'on sait, le grand architecte a dévoilé le vrai nom de son machin : Unité d'Habitation Conforme. Ça a jeté un froid. On annonce la kermesse et on inaugure le bloc numéro 1 du camp de concentration. Vexés, les Marseillais n'ont pu mieux faire que d'envoyer un sobriquet à ce pataquès aussi pas beau que louche : la Maison du Fada, et c'est sous ce nom que la corbusière anticipatrice fera son entrée dans l'âge d'or de l'urbanisme tératologique. Si seulement le grand architecte était un vrai fada, au sens provençal du mot, il aurait droit à notre sympathie et, au besoin, à nos encouragements car le monde commence à manquer de vrais fadas de bon aloi. Mais Le Corbusier n'est pas un vrai fada. Bien entendu, je ne mets pas en doute le génie inventif du maître et je crois volontiers que son machin est rempli de trouvailles. Il y a des trouvailles qui, sorties de la planche à dessin et de l'architecture amusante sont bonnes à mettre en dossier ou au panier. L'invention du biologiste allemand qui, l'autre jour, a trouvé moyen de fabriquer des frères siamois artificiels est des plus intéressantes mais on ne tient pas à la voir sortir du laboratoire. Sans doute le savant est-il à juste titre orgueilleux de sa trouvaille et sera-t-il complimenté par ses collègues, mais s'il veut placer à coups de trompettes sa production de frères siamois, s'il prétend que l'avenir appartient aux frères siamois, on lui demandera instamment de consacrer son art à des fraternités plus traditionnelles. On pense quelquefois que je suis hostile au progrès, mais pas du tout, ce serait idiot. J'aime le progrès. Je n'y crois pas beaucoup mais je l'aime, non tel que les hurluberlus ou les coquins nous le serinent mais tel qu'il pourrait satisfaire aux vœux innocents du brave homme lequel n'a certainement pas pour idéal d'habiter les grands clapiers rationnels de la cité radieusement concentrationnaire, ou, comme le dit joliment Le Corbusier : rétrécie. Qu'on le veuille ou non, l'homme du XXe siècle, avant ou après J.-C., reste fidèle à son rêve d'habiter une petite maison à lui, d'y loger sa petite famille, d'y faire un feu qui se voit et d'ouvrir la porte à ses amis qui arrivent par la route et non par l'ascenseur. Il a le goût du plain-pied, il aime la terre, il veut que sa maison soit posée dessus et non suspendue au grand perchoir collectif. Il veut son toit à lui pour y inviter qui bon lui semble. La cité radieuse et monobloc il s'en moque, il veut que la population soit comptée par feux et que toutes les fumées ne sortent pas par la même cheminée. C'est alors qu'il pourra nouer avec son prochain un commerce vraiment fraternel. Voilà pourquoi à mon avis les précurseurs de l'école corbisive se mettent le doigt dans l'œil s'ils se figurent travailler pour le bonheur des hommes. Il faut pourtant signaler qu'aux dernières nouvelles M. Le Corbusier, dans une formule qui l'honore, a déclaré aux représentants de la presse : « les résultats de l'expérience sont encore insoupçonnés. » La maison du fada, Aspects de la France, 5 octobre 1951, n°159 (à retrouver dans La République et ses Peaux-Rouges) 
13.03.2015
Louis
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Le colonel Boumediene est venu s'entretenir des événements avec El Guid. L'entrevue pouvait être assez délicate. En effet, il y a quelques jours encore, c'eut été le colonel vainqueur de la glorieuse armée française en visite chez le général vaincu. Aujourd'hui, c'est un peu différent. Boumediene est en droit de demander des explications : pourquoi la puissante armée de la République a-t-elle capitulé devant une bande de fellagas si les méprisables bataillons d'Israël devaient écraser, en deux jours, l'invincible armée du Prophète. Mais tout s'est très bien passé, vu la bonne éducation des interlocuteurs, vu aussi le célèbre magnétisme du Président fakir. Très détendu, il a pu annoncer au visiteur que le Sinaï, après Evian, serait consigné comme victoire dans le tome IV de ses Mémoires. Et préciser même qu'il se sentait de force à garder ses quatre-vingt-dix prisonniers personnels, quoique Nasser dut rendre les siens, au nombre de trois. L'entretien, qualifié à bon droit de « satisfaisant », s'est poursuivi à bâtons rompus. Il a été question du bel argent des Roumis, des vilains canons juifs et de la Paix. Je lui mets une majuscule, non à la manière du socialisme angélique, mais simplement parce que toute chose qui s'élabore sous le Képi veut de la majuscule. Majuscule également pour le Tiers-Monde, pacifique poudingue de petites paix minuscules et contrariées dont notre Bikbachi gaulois fera l'instrument de la Paix totalitaire, préalable à l'œcuménique. Encore faut-il se le faire demander. Jusqu'ici hélas, tout s'est, passé par-dessus sa tête ; mais l'affaire prend tournure. Ça coûtera ce que ça coûtera, mais dans tous les souks, bazars, mosquées, fondouks, harems, caravansérails, palais, bidonvilles et bousbirs, on murmure, on hurle, on invoque, on youyoute le nom de De Gaulle, on balade son effigie, on implore, on exige son intercession gracieuse, et de Mogador à Bagdad le tam-tam lui prépare un beau chapeau. Personnellement il a déjà donné sa parole, cette parole incomparablement verbale dont il n'est aucun peuple au monde qui n'ait déjà fait son miel. Ainsi le voilà retourné sur le terrain même de ses plus grands succès, l'Islam est sa bonne étoile. Enivré de tous les parfums de l'Arabie, stimulé par l'aiguillon de ses cactus, il y retrouvera le plein-emploi de son génie libérateur. J'en suis quant à moi ravi, n'ayant cessé de dire qu'en faisant naguère alliance avec l'Islam rouge contre les petits Français de l'Algérie, notre vieux Rais n'en finirait jamais d'en goûter les délices et la facture ; et qu'en fin de compte, si par hasard il était mortel, c'est de Bab-el-Oued qu'il mourrait, non d'une grève du Métro. Mektoub. Aspects de la France, 15 juin 1967
13.12.2014
Louis
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La mairie du 17e arrondissement consacre une exposition à Gus Bofa qui vécut quarante ans rue Edouard-Detaille. Gus Bofa illustra notamment une édition de luxe de "L'oiseau rare" et "Le Tourangeau de Winnipeg" L'exposition est terminée mais une autre commence à Aix-en-Provence sur cet illustrateur : http://www.bd-aix.com/expos-bofa.php Site officiel sur Gus Bofa: http://www.gusbofa.com/ Exposition du 26 novembre 2014 au 31 janvier 2015. Du lundi au vendredi de 9 h à 17 h ; jeudi de 9 h à 19 h ; samedi de 9 h à 12 h. Visites guidées par le commissaire de l’exposition les mercredis 17 décembre 2014, 13 et 20 janvier 2015. Emmanuel Pollaud-Dulian, auteur d’une biographie, « Gus Bofa, l’enchanteur désenchanté », dédicacera son livre dimanche 7 décembre, à partir de 14 h, dans le cadre de la Journée du Livre à la mairie du 17è
Réédition de Raisons de famille
Actes du colloque de 2005 à la Sorbonne
Lecture de carême
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