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Décès de l'Abbé Georges de Nantes
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 Extrait de la biographie "Jacques-Perret - portrait d'un homme libre" qui présente cet aspect parfois un peu méconnu de sa vie

 

 "L'Eglise de ses pères

En 1963 Jacques Perret entend parler de l'Abbé Georges de Nantes qui prône en chaire la défense de l'Algérie Française. Le cas est suffisamment rare pour qu'il entreprenne un voyage jusqu'à Villemaur dans l'Aube, pour écouter ce jeune prêtre si proche de son état d'esprit et de ses idées, dans un contexte où beaucoup d'amis les ont déjà quittés, lui et son fils.

L’avenir de l'Algérie est d'ailleurs officiellement réglé depuis la signature des accords d'Evian le 18 mars 1962, qui reconnaissent l'indépendance de ce département.

Le Concile Vatican II est en route depuis 1959 et l'Eglise tout entière est agitée sous la pression des théologiens progressistes et modernistes qui rallient toutes les élites ecclésiastiques ou presque.

Jacques Perret qui depuis quelques années déjà, suivait la nouvelle orientation de l'Eglise comme en témoignent nombre de ses chroniques, trouve en l'abbé de Nantes le théologien qui apportera la caution nécessaire à ce nouveau combat de la défense de la Foi. Jacques Perret, catholique traditionaliste n'adhère pas aux idées nouvelles d'ouverture de l'Eglise au Monde, culte de l'homme et liberté religieuse. La suppression de la messe en latin, la sécularisation du clergé sont pour lui les signes manifestes d'une Eglise en mutation, une Eglise différente de celle qu'il a toujours connue, une religion incompatible avec la religion de ses pères. « Je suis pour le trône et l'autel » signifie pour lui, le trône de saint Louis et l'autel de saint Pie V.

Dans les Biffins de Gonesse parus en 1961, il décrit l'enterrement du commandant Burnier : « C'était un jeune vicaire de la nouvelle vague, flanqué d'un enfant de chœur en blougine et surplis. Son temps n'était pas à gaspiller en manifestations extérieures et la cérémonie fut exécutée dans le mouvement même de l'Histoire. (...) En revanche les prières en français ne furent pas appréciées du tout ; on y soupçonna cette fois une intention vexatoire ; on les jugea pauvres, inefficaces, vraiment sans gêne et peu catholiques. Il parut à l'assistance que l'âme du défunt était traitée par-dessous la jambe et, sitôt finie l'oraison insolite, chacun se signa largement pour attester à la face du ciel brûlant que le commandant Burnier était bien mort dans la religion de ses pères. »[1]

 

Il reçoit les premières Lettre à mes amis de l'Abbé de Nantes et lui écrit en 1963 : « Vous ne sauriez croire à quel point elles m'ont enchanté, réconforté, secouru même en un temps où l'Eglise de France a pris pour nous visage de marâtre. A l'heure où Rome elle-même nous enseigne que le Diable n'a plus de corne et qu'il peut s'inscrire au Concile sans passer par Canossa. Merci cher Monsieur l'abbé de nous aider à garder la foi de nos pères ; elle n'est si bien chevillée que tant de coups ne la fasse branler.

Peut-être savez-vous que mon garçon est en prison, la sûreté de l'Etat en a décidé ainsi, la manière dont il a été élevé en est la cause. J'aimerais fort qu'il reçoive vos lettres ». Ce qui sera fait. « Cher abbé et ami, merci de vos lettres, je les ai envoyées à mon garçon. Elles pourront même en passant, faire du bien au censeur. Voici quelques âmes utiles à toucher ou à réconforter (...). Je n'ai évidemment pas de conseils à vous donner, j'en attends trop de vous. Et si j'en attends c'est que je les préjuge tout pareils à ceux que je pourrais donner. Pour ce qui est de l'obéissance méritoire, nous voilà rendus à Port-Royal, à cela près que nous sommes plutôt de la postérité de ceux qui l'exigeaient, la Hiérarchie étant passée de Bossuet à Fénelon, Lamennais et autres pre-Lienart en attendant le primat des Gaules populaires, dûment jureur. Je suis justement en pétard avec les dirigeants de l'A.F [Action Française] à propos d'obéissance méritoire. Complexés par l'affaire de 26 [Condamnation de l'Action Française par Pie XI], ils me pressent de modérer mon langage de catholique scandalisé, en tout cas de mettre en doute l'excellence des gestes pontificaux, et même à en exprimer de l'inquiétude. J'estime que la manifestation de ses inquiétudes est au contraire une indication précieuse. Peut-être nous bénit-il secrètement, nous bien sûr mais aussi nos résistances. J'espère pouvoir vous rencontrer bientôt. Croyez à ma joie de vous savoir en solide existence. »

 

« Toujours merci pour vos lettres. Passée l'euphorie romaine [Mort de Jean XXIII et élection de Paul VI] nous voici de retour dans le quotidien scandaleux de notre pauvre Eglise, et l'aggravation des menaces. Nous allons nous manquer de peu au camp d'AF où je vais passer la journée de dimanche. Mais je retiens deux jours à Villemaur en août, et j'espère arriver avant les foudres [L'abbé de Nantes va être chassé de sa paroisse de Villemaur]. »

« J'ai lu votre admirable lettre [Lettre à mes amis n°161 du 1er janvier 1964]. Un chaleureux brûlot qui va droit son cap. Pour peu que vous mettiez des gants, cette fois vous y allez à mains nues. Que vous lâchiez le paquet avec tout ce que cela représente, venant de vous, de méditation bardée de doctrine et de confiance poussée à bout, voilà qui en rassurera beaucoup et moi le premier, qui pouvaient quelquefois prendre leurs colères ou alarmes pour outrances de partisans mal informés ou peu fervents. Là au moins permettez-moi de vous remercier. Et d'autant plus que votre lettre m'arrivait à l'instant même ou je venais de porter mon billet qui, plus maladroitement, fulminait un peu dans le même sens.

Sauf erreur l'idée que vous me suggérez d'amorcer dans Aspects de la France est celle d'un concile national, sous l'égide romaine, où nos abcès seraient vidés. Nos amis eux-mêmes n'y verront-ils pas comme un faux pas vers cette Eglise Française dont rêvent sans doute nos ennemis, dans sa version populaire évidemment. Mais vous y reviendrez sûrement car vous ne faites qu'esquisser le projet, faute de place, en fin de lettre. De toute manière je vous fais confiance. Vous y avez un peu pensé…mais aurez-vous la parole pour contrer les schémas Congar ? »

 

En mai 1964, l'abbé de Nantes donne une conférence sur le progressisme et demande à Jacques Perret d'en faire le compte-rendu pour Aspects de la France. Cela donne un article que Bernard Mallet et Xavier Vallat [deux dirigeants de l'Action Française] disent impubliable, car « il n'est pas possible de dire que toute la hiérarchie est complaisante à l'hérésie », parce qu'il est maladroit de faire allusion à une éventuelle interdiction de l'abbé de Nantes. Bernard Mallet demande à Jacques Perret de corriger son article afin de le rendre publiable.

 

En 1965 après le voyage de Paul VI au siège de l'ONU à New York et le discours qu'il y prononça, l'abbé de Nantes identifie la doctrine du pape sous le nom de M.A.S.D.U. : Mouvement d'Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle. » Jacques Perret en dit quelques mots dans Le Monde et la Vie : « Le grand dessein du Masdu, par la réhabilitation de toutes erreurs, ferait triompher une espèce de vérité infuse, diffuse, ambiante, naturiste, pirandellienne et rassurante, où la notion du divin serait admise et protégée contre ces débordements particularistes. Nous voyons assez tout le soin que l'Eglise, notre Sainte Mère, prend à se dire au service de l'humanité en marche vers ses bonheurs humains canonisés d'avance. En se voulant ainsi l'instrument docile du monde moderne, on comprend bien qu'une telle servante ait dû changer de visage, mais aussi qu'elle aurait avantage, dans ce rôle, à s'abriter derrière un pseudonyme accommodé au siècle.

Ce Masdu, dont tout laisse penser qu'il est le projet de la majorité réformiste du Concile et de l'Intelligentsia catholique internationale, n'est donc pas une invention de l'intégrisme. Il s'agit bel et bien d'une merveilleuse et vivante chimère, vaguement angélique, et dont les ailes déployées nous garderont ici-bas dans l'ombre et la seule ambition de nos félicités temporelles, Dieu aidant avec discrétion. Etrange mutation de la colombe de saint Rémi. Parmi les hommes de foi et de savoir qui se sont émus de la métamorphose en y flairant le nouveau déguisement des plus vieilles hérésies, je m'appuie aujourd'hui sur l'abbé de Nantes qui, dénonçant le phénomène pour entreprise concertée, en est arrivé, si j'ose dire, à le baptiser Masdu. La caution de ce prêtre me paraît d'autant plus appréciable que, sans rien taire de ce qu'il pense, de ce qu'il sait et de ce qu'il éprouve, il n'est encore qu'en disgrâce. La grande ferveur de son existence monacale, son amour profond de l'Eglise autant que son armement théologique l'ont, jusqu'ici, rendu invulnérable, inexpugnable, respecté de nos ennemis. »[2]

 

Mais le combat de l'abbé de Nantes ne fait pas l'unanimité dans les mouvements catholiques traditionalistes : « (…) Il y a encore quelques amis, honnêtement réactionnaires, traditionalistes pondérés ou intégristes militants, pour nous dire que l'abbé de Nantes est contre le Pape. C'est un jugement sommaire que l'ange noir du Masdu aura sans doute inspiré à ceux de ses ennemis qui se fortifient dans le bastion sommaire de l'obéissance inconditionnelle. La seule question importante est de savoir si le Masdu avalera l'Eglise dans le piège de l'ouverture au monde. La seule réponse est que l'Eglise est éternelle et qu'il est permis aux fidèles de contribuer à son éternité. »

 

Et de fait, les écrits de Jacques Perret deviennent peu à peu inconciliables avec la ligne éditoriale d'Aspects de la France notamment.

« Mon cher Père et ami,

J'ai peur que Paul VI n'ait offert sa tiare à Spelmann que pour recevoir de l'ONU le grand bonnet polyvalent du Masdu ; et pourtant on aimerait mieux que vous ayez tort.

Je ne sais trop pourquoi mon 3e papier, rectifié selon vos conseils, n'a finalement pas paru. Giovani m'a téléphoné qu'il avait fignolé un autre texte, avec vous je crois, à paraître dans le numéro de novembre. On doit dîner ensemble à la fin de ce mois et s'expliquer là-dessus. J'ai l'impression que cet essai brusqué dans la clientèle intégriste n'a pas très bien réussi. Mieux vaut m'exercer en franc-tireur et sous mon seul bonnet dans des publications plus détachées de la conjoncture théologique. Mais j'ai quitté Combat et Aspects prend un singulier virage paragaulliste avec sans doute l'arrière pensée delphinique au profit de l'arriviste princier et jacobin. Je suis à deux doigts de lâcher ce journal où ma signature prête à équivoque. »

 

La clôture du Concile en décembre 1965 ne marque pas comme les accords d'Evian, la fin du combat. En effet, l'absence de déclarations ex-cathedra permet à l'abbé de Nantes de continuer à combattre les doctrines nouvelles et il somme le pape d'éclairer tous les catholiques par des déclarations frappées de l'infaillibilité pontificale.

Jacques Perret continue de suivre l’abbé de Nantes et de le soutenir comme il l'écrit dans la revue Itinéraires.

« Dans ses lettres mensuelles l'abbé de Nantes poursuit l'étude et l'analyse des constitutions conciliaires. C'est un travail tout à fait remarquable, éclairé, très précieux. Il nous a donné en plus, dans l'avant-dernier numéro, une agréable surprise. Nous en étions restés à ses recommandations de fidélité aux offices réformés de nos paroisses, avec une mise en garde particulièrement sévère et surprenante contre une fréquentation assidue des messes traditionnelles qui peuvent encore se dire ici et là. En d'autres termes, choisir la messe hérésiante plutôt que la schismatisante. Je comprends bien l'inquiétude, mais ces recommandations ne me paraîtraient justifiées que dans le cas où l'assiduité à la messe réformée serait assortie d'une égale assiduité dans la contestation efficace. Il ne s'agit pas de refaire tous les dimanches un massacre de Vassy, l'efficacité en serait douteuse à une époque où la violence en ces matières de religion a bien d'autres moyens et sous bien d'autres formes. Ils ne sont d'ailleurs pas à la disposition des minorités. Il nous reste la contestation orale, individuelle, et les tactiques élémentaires de la persuasion. L'art de contester ainsi efficacement n'est pas donné à tous. Et généralement l'interpellé ou l'interlocuteur est déjà recyclé à bloc et soutenu par le gros des paroissiens qu'une pastorale évasive et flatteuse a déjà subjugué. Telle est l'ingrate mission que se donnent un petit nombre de courageux et patients convertisseurs. Par ailleurs, tant que Paul VI n'aura pas démenti ses déclarations, déjà anciennes il est vrai, quant à l'excellence de la messe de toujours celle-ci ne serait schismatisante que dans l'arrière-pensée d'un pontife incroyablement pernicieux. Mais si d'autre part, fatigués d'une chapelle trop lointaine ou sottement inquiets d'une persévérance orgueilleuse, les derniers fidèles de la sainte messe devaient s'en retourner à leur vieille paroisse, fût-elle pétaudière, pour qui alors sonnerait le glas ? Le service obstiné de ces messes tridentines et fréquentées ne fait-il pas comme référence et appui pour les curés, plus courageux encore, qui sous l'orage se cramponnent à leurs paroisses pour y maintenir les réformes en respect de la doctrine et de la tradition, et retarder ainsi tant que ça peut le parachutage d'un démoniaque ou simplement d'un hurluberlu ; enfin si le dernier chapelain de saint Pie V ne devait plus bénir que la mémoire d'une assistance emportée par le vent, une oreille pointue sera quand même là pour aller dire au monde que l'Ite missa est a retenti dans le vide comme l'apostrophe expéditive annonciatrice de mission terminée. Alors nos évêques pourraient enfin clamer le Te Deum triomphaliste et vernaculaire dont ils commençaient à croire que le jour n'arriverait jamais.

La bonne surprise dont je parlais plus haut c'est l'hommage rendu par l'abbé de Nantes à ses confrères mainteneurs de la sainte messe, et l'encouragement implicite à les soutenir de notre assistance. Voilà un heureux préambule à son voyage à Rome. Sa résolution est prise en effet de se rendre aux pieds du Saint Père et de lui présenter respectueusement l'ultimatum d'avoir à se démettre ou condamner urbi et orbi l'hérésie pullulante et dont voici le catalogue. Nous eussions préféré qu'une pareille démarche eût été déjà faite et par un évêque ; mais il est encore temps et la prêtrise d'un abbé n'est pas inégale à celle d'un évêque. Nous prierons pour lui et qu'une réponse lui soit faite quelle qu'elle soit. »[3]

 

 

Le 27 février 1977, Jacques Perret participe à l’occupation de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris dans le Ve arrondissement, sous l'égide de Monseigneur Ducaud-Bourget. N'ayant jamais pu se faire à la messe « dite » de Paul VI, c'est en général à l'église de Saint-Nicolas qu'il assistera à la messe où elle est dite selon le rite de saint Pie V. Il y retrouvera de nombreux amis.

En 1988, après l'ordination de quatre évêques par Mgr Lefebvre interdite par Rome, il nous fait part de son désaccord d’avec ce schisme, et il cessera de se rendre à l’église de Saint-Nicolas.

Il aura gardé toute sa vie son amitié et sa fidélité à l'abbé Georges de Nantes.

 

« Cher abbé ami,

Jean-Loup me fait part de votre affectueux souvenir, et j'en suis d'autant plus touché que j'ai trop longtemps négligé de vous dire ma pensée toujours fidèle depuis notre rencontre au presbytère de Sainte-Maure [il s’agit en fait de Villemaur-sur-Vanne]. Fidélité si généreusement entretenue par vos Lettres dont j'admire toujours la densité tantôt critique, dogmatique, polémique mais toujours attentives à juger des affaires du siècle à la lumière du Saint-Esprit dont le royaume fut si longtemps privilégié et quand nous disons royaume nous savons bien qu'il n'en fut jamais qu'un seul à répondre à ce maître mot ici-bas. Je prie Dieu, Saint Louis, Jeanne d'Arc et Clotilde qu'ils vous maintiennent en courage et talent contre tout espoir. De grandes choses furent accomplies contre tout espoir. Merci de vos œuvres cher abbé et cher ami, et croyez non seulement à ma respectueuse affection mais à toute ma confiance en vous. »[4]

 

Il s’éteindra le 10 décembre 1992. Ses obsèques seront célébrées le 17 décembre dans sa paroisse de Saint-Médard. Il est inhumé au cimetière de Galluis (Yvelines), aux côtés de son fils, décédé le 19 janvier 1991."



[1] Les biffins de Gonesse, Gallimard, Paris, 1961, p.54-55

[2] Le monde et la vie, septembre 1965, « Voici le Masdu »

[3] Itinéraires, janvier 1973, n°169

[4] Lettre à l'Abbé de Nantes, 23 février 1982



19-02-2010 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 698 fois | Public
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